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SPLEEN
Quand le ciel bas et lourd pèse comme un couvercle
Sur l'esprit gémissant en proie aux longs ennuis,
Et que de l'horizon embrassant tout le cercle
II nous verse un jour noir plus triste que les nuits ;
Quand la terre est changée en un cachot humide,
Où l'Espérance, comme une chauve-souris,
S'en va battant les murs de son aile timide
Et se cognant la tête à des plafonds pourris ;
Quand la pluie étalant ses immenses traînées
D'une vaste prison imite les barreaux,
Et qu'un peuple muet d'infâmes araignées
Vient tendre ses filets au fond de nos cerveaux,
Des cloches tout à coup sautent avec furie
Et lancent vers le ciel un affreux hurlement,
Ainsi que des esprits errants et sans patrie
Qui se mettent à geindre opiniâtrement.
– Et de longs corbillards, sans tambours ni musique,
Défilent lentement dans mon âme ; l'Espoir,
Vaincu, pleure, et l'Angoisse atroce, despotique,
Sur mon crâne incliné plante son drapeau noir.
Spleen
et Idéal, LXXVIII

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| Ce
poème clôt la série des quatre "Spleen. Il
correspond à un sentiment important pour la création baudelairienne,
comme le prouvent le titre de la première section du recueil,
l'avertissement "Au lecteur" et le projet de titre de 1848,
Les Limbes, si l'on se souvient que, dans son Salon de 1846,
Baudelaire louait "les limbes innondés de la tristesse"
de Delacroix, le peintre de la "mélancolie singulière
et opiniâtre".
Ce poème est donc avant tout une description et une analyse d'un
sentiment que Baudelaire appelle "spleen", un mot emprunté
à l'anglais. Le spleen
est une sensation angoissante liée à la modernité,
un sentiment spécifiquement contemporain, propre à l'homme
moderne. Pourtant, cet état d'âme, subjectif, se présente
chez Baudelaire comme un paysage objectif empreint de cette "beauté
sinistre et froide" qui caractérisait selon lui Les
Fleurs du Mal (lettre à sa mère du 9 juillet 1857).
Tout l'effort esthétique du poète a porté dans
ce poème sur l'organisation dramatique d'une crise en trois temps
(comme en trois actes théâtrales). Voilà donc qui
doit d'abord attirer notre attention. Ill faudrait aussi analyser le
réseau d'images, denses et suggestives, redoublées par
le jeu des sonorités.
Pistes
de lecture
1.
Le spleen: un paysage-état d'âme
2.
Une dramaturgie intérieure
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