APRÈS-MIDI
Au vieux moulin...
Le soir pose à la large fenêtre
son vaste poing vermeil.
Nul contre eux. Quel adroit
passé peut les assiéger?
Le temps dort dans leurs mains.
Seul les voit l’œil noir
de la meule brisée
et les garde la bannière,
droite et haute, d’où s’envole
comme une ombre de chants.
Ensemble et chacun seul.
L’heure fait plus étroite
la porte... Ramon d’Aréo
décroche le clairon,
fleur suspendue à
un clou. Péré de Montesquieu
comme toujours chante,
à voix basse, une chanson de forge.
Marsias songe: «Le
cheval fait une ombre bleue, longue...»
Albert d’Orris écrit:
«...je pense peu à
la mort: elle est comme une poignée d’herbe
froide au visage... Toi...
je te vois du haut de la berge,
au fleuve, ce matin-là...
Il est une vendange astrale
en nous, et une peur de
vaste mer...
Notre loi de rêve
à la terre s’accorde...
Marsias est le plus haut!»
L’heure sème des
anneaux d’or aux poutres du plafond,
brille un même simple
sourire sur chacun des visages,
pétale d’écume
au blanc de pierre des fontaines.
Marsias pense: «Le
cheval fait une ombre longue, bleue...»
Mais sa voix du silence
se détache:
«Nous attaquerons le pont!»