Salvador
Espriu
(Santa Coloma de Farners,
1913 – Barcelona, 1985)
ESSAI
DE CANTIQUE DANS LE TEMPLE
LA
PEAU DE TAUREAU, XXI
ESSAI DE CANTIQUE
DANS LE TEMPLE
Oh, que je suis fatigué
de mon vieux pays, si lâche
et si sauvage,
et que j’aimerais à
m’en éloigner
vers le nord
où, dit-on, les
gens sont propres
et nobles, cultivées,
riches, libres,
éveillés
et heureux!
Alors, au chapitre, mes
frères diraient,
mécontents: «
Comme l’oiseau qui quitte son nid,
tel est l’homme qui part
de son endroit »,
tandis que moi, déjà
bien loin, je rirais
de la loi et de l’antique
sagesse
de mon peuple stérile.
Mais je ne vais jamais
suivre mon rêve
et je resterai ici jusqu’à
ma mort.
Car je suis, moi aussi,
lâche et sauvage
et j’aime, en outre, avec
une souffrance sans espoir
cette mienne, pauvre,
sale, triste, malheureuse
patrie.
Translated
by Jordi Sarsanedas
Salvador
ESPRIU, Anthologie lyrique,
Ed. Debresse, París, 1959.
LA PEAU DE TAUREAU,
XXI
Moulins de Sépharad:
les rêves deviendront,
tout doucement, réels.
Moulin à vent, moulin
à sang:
les os, même, il
faut moudre
pour avoir du bon pain.
Descendu, par les mots,
le puits de l’épouvante,
des mots nous hausseront
vers la clarté nouvelle.
Translated
by Jordi Sarsanedas
Salvador
ESPRIU, Anthologie lyrique,
Ed. Debresse, París, 1959.

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