L’ANGE DE SERRABONNE
Ô grande tour de schiste
dur,
qui regardes toute la pente,
dans ton silence net s’arrête
le soleil éternel
et glissant.
Jamais je ne me suis senti
si près
de la pensée triste
de la mort.
Jamais comme aujourd’hui
je ne l’ai sentie
si attachée aux
battements de mon cœur.
Elle s’accordait déjà
avec mon corps,
comme si je portais mon
vêtement
de terre, et sans un souffle
elle venait
clore le temps révolu.
Le temps, d’une seule couleur
de cire
a jauni le chapiteau.
L’ange de lumière
s’y tient à l’espère,
avec son regard désert
d’oiseau.
L’éternité
ensorceleuse
semble clouée dans
son front lisse.
Son encensoir ne bouge
pas comme l’heure
n’est pas fugitive au Paradis.
Tandis que la porte recueillie
sous son arc nous voit
laisser,
ombre détachée,
notre vie.
Et le soleil l’essuie sur
le seuil.