AMOUR SYLVESTRE
Tu n’es pas né, Amour,
de cette onde azurée
que la beauté d’Aphrodite
berçait,
ni de l’écume, linge
déplié;
mais d’un jet brûlant
de sève
et d’un regard du soleil
couchant.
Tu es brume indolente et
pâle
et tu t’emmêleras
au feuillage élancé.
Comme un buisson aux aguets
dans l’ombrage,
tu blesses la vierge qui
revient de la messe,
soleil des yeux, sève
du sang.
Tu forças les portes
de la passion,
j’écoutais, craintif,
le bruit de tes pas,
obscur Amour du bois et
des jardins,
porteur de l’amertume des
vignes mortes
et de la pitié diffuse
des bruyères.
Si le fleuve se gonfle de
tristesse,
le ciel éclaire
ton humble regard,
et, dans la douleur qui
m’afflige et me brise,
la chair et le sang deviennent
très subtiles
flammes sous la cendre
austère.
Ainsi l’Amour sera sylvestre
branche,
oiseau méthodique
et feuilles mortes,
sentier de sable, source
bouillonnante,
gourmand écureil,
savoureuse amande,
et, davantage, soleil évanoui.