Monologue du veuf

      Monologue du veuf

J'ouvre la porte, je retourne à la miséricorde
de ma maison où la rumeur défend
la pénombre et le fils qui n'a pas été
sent le naufrage, la vague ou le tissu fervent
où dans des étés acides
le visage s'efface. L'Archaïque repos
de dieux morts remplit les demeures
et sous les airs la conscience aspire
la rafale que mon front cherchait encore hier
dans le déclin trouble.
Je ne pourrais nommer les draps, les cierges, la fumée
ni l'humilité ni la compassion ni le calme
aux rives de l'après-midi, je ne pourrais pas
dire «ses mains», «ma tristesse», «notre terre»
parce que tout en son nom
s'illumine de blessures. Comme signal d'écume
ou épitaphe, des rideaux, des lits, des tapis
et la destruction s'écoulent vers le dédain,
pendant que triomphe la chaux qui nie à sa nudité
l'ombre de l'espace.

Maintenant commence le temps, le sourire aigre
de l'hôte qui dans l'insomnie, en dévoilant
sa colère, chante dans la cité impure
le son calciné et qui purifie à la lèvre
des feux d'incertitude
qui coulent sans réponse. Astre ou dauphin, là-bas
sous l'onde disparaît le pied,
et les tuniques devenues emblèmes
cachent leur ardente procession et avec de la cendre
me marquent le front.

Alí Chumacero
Traduction de Denys Bélanger


   Alí Chumacero    
English translation by William Carlos Williams
Versión original

Incluido en Páginas de poesía mexicana.

Alí Chumacero