Les gens des finances dans les villes du Midi de la France aux XIVe et XVe siècles:

Les gens des finances dans les villes du Midi de la France aux XIVe et XVe siècles:

bilan et perspectives

 

 

Florent GARNIER

Professeur d’histoire du droit à l’Université d’Auvergne-Clermont 1

Centre d’Études Romanistiques d’Auvergne (E.A. 2147)

 

 

Congreso Fiscalidad y sociedad en el Mediterráneo bajomedieval

(Málaga, 17-20 de mayo de 2006)

 

 

RÉSUMÉ

 

 

L’étude d’une institution, qu’elle soit financière ou non, requiert de s’intéresser aux hommes qui la composent et la font évoluer. Rappelons-nous les mots de Lucien Febvre pour reprocher à Henri Jassemin, à propos de la Chambre des comptes de Paris au XVe siècle, d’avoir négligé l’aspect humain. Depuis une vingtaine d’années, de belles études ont été menées pour les gens des finances de la monarchie, des officiers financiers des principautés, qu’elles soient bretonne, bourbonnaise, bourguignonne ou orléanaise, ou encore du personnel des Chambres des comptes. Dans le cadre urbain, les recherches sont moins nombreuses et le plus souvent partielles. Il y aurait tout intérêt à mieux saisir les caractéristiques du personnel financier des villes médiévales et à s’interroger sur l’existence d’un milieu financier particulier au sein de ces cités. Cette étude doit alors s’inscrire dans l’analyse du développement des organes financiers urbains en relation avec la reconnaissance et l’exercice des autonomies municipales. Un système financier peut alors être décelé lorsque certaines caractéristiques lui confèrent une permanence. Ainsi, l’existence de prélèvements réguliers, l’établissement de mécanismes de répartition et de recouvrement de l’impôt ou de personnes connaissant de la matière fiscale et comptable au sein de l’administration urbaine sont autant d’éléments qui concourent à sa formation et qui contribuent à assurer l’autonomie de l’universitas. Un tel système financier urbain peut se définir comme un ensemble d’éléments, destinés à assurer le financement de besoins collectifs, par le recours à des impositions régulières et dont la gestion est confiée à une organisation permanente, plus ou moins complexe, qui fait appel à des techniques comptables et fiscales élaborées et mises en œuvres par la ville. Bien souvent, de tels systèmes se construisent en relation avec le développement de la demande fiscale royale. L’étude des documents comptables et fiscaux de la première moitié du XIVe siècle, met en lumière une spécialisation des hommes chargés de l’administration des finances. L’apparition d’un organe spécialement affecté à la gestion des deniers de la ville révèle une étape importante dans la constitution d’une administration financière.

 

L’intérêt porté aux groupes des dirigeants municipaux a ouvert la voie à une meilleure connaissance des différents acteurs de la société urbaine. Les patriciats des villes du Midi de la France ont fait l’objet de belles études notamment pour les hommes de loi. Mais les personnes qui assument une fonction financière restent dans l’ombre. Leur étude prosopographique n’est pas toujours rendue possible tant en raison de la non conservation de certaines sources que des données éparses qu’elles peuvent renfermer. Adopter une approche prosopographique des gens des finances des cités médiévales requière alors un long et patient travail de dépouillement pour établir en premier lieu la liste des personnes qui ont participé à l’exercice d’une fonction financière au sein des villes, leurs activités et leurs caractéristiques sociales, culturelles, patrimoniales et politiques. Cette collecte de données, que nous avons pu mener pour Millau en Rouergue aux XIVe et XVe siècles, ouvre alors la voie à une meilleure connaissance de ce groupe d’individus voire de déceler l’existence d’un milieu particulier des gens des finances. Leur activité professionnelle et leur fortune motivent-elles alors leur participation à la gestion des finances urbaines ?

 

À travers l’étude des gens des finances, en particulier du trésorier de la ville, il est permis d’apprécier l’importance de l’exercice d’une fonction financière parmi les voies d’accès à l’administration urbaine comme peuvent l’être par exemple la richesse, la culture ou le poids des lignages. Activité exceptionnelle pour certains, placement pour d’autres, ou étape dans l’accès aux magistratures urbaines ou à d’autres fonctions, l’activité financière attire des personnes aux qualités et aux ambitions diverses. Remplir une charge financière est un moyen de renforcer son pouvoir politique et économique dans la ville. Comment s’intègrent les fonctions de trésorier, de collecteur, de fermier de l’impôt, de gestionnaires des travaux… dans le cursus honorum des magistratures urbaines ? Enfin, la question posée est celle de leur participation à la gestion des finances hors de la ville pour le compte du prince.

 

L’apparition et le développement d’une fiscalité urbaine et l’existence de personnes qui connaissent des affaires financières municipales favorisent l’affermissement des institutions urbaines mais encore leur évolution au regard de l’importance de la part du prince dans les budgets urbains. Il convient alors de dresser un bilan de la recherche pour les gens des finances des villes du Midi à partir des monographies, de sources financières manuscrites ainsi que des privilèges urbains pour apprécier leur place et leur rôle au sein des villes médiévales. Quelques perspectives de recherches pourront être proposées en attendant que les fonds des villes du Midi fassent l’objet d’étude particulière comme celle qui a pu être menée pour Millau.

 

Aussi pour répondre à l’une des invitations des organisateurs de ce colloque, à savoir l’analyse des rapports entre fiscalité et organisation politique municipale, cette communication se propose de saisir les gens des finances des villes médiévales du Midi de la France en tant qu’acteurs du développement des institutions urbaines (I). Ils sont également des rouages des systèmes financiers municipaux (II) et leur participation à la vie de la cité peut alors parfois leur ouvrir la voie vers des carrières au service du prince (III).

 

 

I.                   Des acteurs du développement des institutions urbaines

 

A.     L’apparition d’organes financiers urbains

B.     Le statut juridique des gens de finances

 

II.                Des rouages des systèmes financiers municipaux

 

A. Gérer les finances de la ville

B. Financer la gestion de la ville

 

III.             De la participation à la vie municipale au service du prince

 

A. Participer à la vie municipale

B. Entrer au service du prince

 

 

Bibliographie sommaire

 

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